Blonde ou la martyre du patriarcat. Éprouvant !



Si vous êtes hypersensible, si vous êtes hyper-empathique, si vous êtes féministe, si vous avez subi des violences sexuelles, sexistes ou psychologiques ne regardez pas ce film. Âme sensible s'abstenir.

Mais si vous avez le coeur bien accroché et que, surtout, vous êtes cinéphile alors sachez qu'il faut avoir vu Blonde pour se faire son propre avis.

« Elle voulait vivre toujours au sommet, dans l’élan permanent d’un crescendo. »
Arthur Miller, dramaturge et ex-mari de Marilyn


Interdit aux moins de 18 ans aux USA (et on comprend pourquoi) l'oeuvre commence classiquement puis vire au cauchemar. D’un noir et blanc sublime à une couleur surnaturelle nous plongeant instantanément dans le passé, dès les premières minutes nous sommes fascinés par l'esthétisme de la photographie, par le son, par le format. Une des prouesses du film est la reproduction à l'identique de certaines photographies bien connues.

A cette étape on croit au chef d’œuvre.

Mais les plans serrés sur Marilyn durant la quasi totalité du film illustrant (soulignant à l'excès) l’enfermement de l’actrice dans la société patriarcale de l’époque vient véhiculer exactement ce qu’il dénonce.

On découvre peu à peu les imperfections. La perruque rêche, les sourcils faux, le maquillage parfois grossier, la maigreur de l’actrice, tout cela nous ramène à la réalité. Mais c'est surtout parce que nous sommes malmenés que nous finissons par nous accrocher à ces détails. Nous résistons car c'est trop, trop violent, trop vulgaire. Nous finissons par ne plus adhérer à la promesse.


On en sort exsangue et avec la nausée. Habillé d’un esthétisme irrésistible, ce film est d’une réelle violence psychologique. (et parfois visuelle)

Il s’agit ici plus de Norma Jean que de Marilyn. Il s’agit d’une femme et non du mythe, et non de l’icône fabriquée par Hollywood. De toute façon le réalisateur Andrew Dominik a décidé visiblement de détruire l'icône.

Marilyn est donc désacralisée voir salie. Certainement comme elle a pu l’être à certains moments de sa vie dès l’enfance. Pendant presque 3 heures nous compatissons pour cette femme objet des années 50-60, un ange terni par la noirceur d’une société misogyne et capitaliste.


L'idylle avec Arthur Miller est ma partie préférée parce que j’ai toujours aimé cette histoire de l’intellectuel qui épouse la femme faussement objet et très intelligente. Aussi parce que le touchant Adrian Broddy (Arthur Miller) vient souffler un vent de fraicheur dans cette noirceur nauséablonde. La scène dans le café est celle que je retiendrai de tout le film car on y voit une Norma Jean très intelligente, brillante et clairvoyante et un Arthur Miller tellement humain.


C’est surtout la version d’une femme souffrant d’une terrible blessure d’abandon, d’absence du père qu'on nous propose. La figure du père est le fil conducteur du film et de la vie de Norma Jean. Lecture intéressante où le réalisateur, et l'auteur du livre, est sans nul doute plein de compassion pour son héroïne mais cet aspect psychanalytique nous est tant souligné que cela fini par être fatiguant et surtout tellement facile. Réduire la personnalité complexe de Marilyn à ce seul traumatisme est bien naïf.


Les longueurs de l'oeuvre sont certainement voulues afin que nous finissions par souffrir autant que l'héroïne. Mais c’est avec la nausée que nous sortons de là. Nous sommes dans la peau de Norma Jean et nous souffrons le martyre.

Cette version de la vie de l'icône nous oblige a regarder en face le pouvoir patriarcal qui l'a détruit à petit feu, illustré par le père absent (toujours), les producteurs aux aguets, les journalistes comme des vautours et les partenaires comme des prédateurs (sauf Miller). Il n’y a que des foules d’hommes assoiffés autour de Marylin, prêts à la dévorer.


Nous avons plus que compris le message et nous en venons à douter de l’authenticité de l’œuvre quand arrive la dernière partie du film où nous vivons avec l'actrice une fellation forcée, donc un viol. Avait-on besoin de ça pour comprendre le calvaire de Marilyn? Cette interprétation de sa vie est-elle valable? A-t-on besoin de tomber dans le sordide pour faire passer un message? Je pense que non car au final c’est tout l’inverse on finit par rejeter tout en bloc : la blonde qu’on aimait tant et le film dans son entier.

L'actrice Ana de Armas nous livre ici une prestation impressionnante mais on se demande si elle sait faire autre chose que pleurer car jamais on y voit une Marilyn forte et combattive. Indéniablement le réalisateur a dirigé son actrice dans ce sens, Ana de Armas n'y est pour rien. Elle fait tout pour s'en sortir au mieux. Mais proposer ce visage de l'icône c'est oublier que pour en arriver là il faut quand même avoir déplacé des montagnes et pas uniquement avoir vécu des humiliations, sexuelles la plupart du temps. D’ailleurs est passé totalement sous silence le fait que Marilyn a su s'opposer à Hollywood, qu'elle a monté sa propre maison de production et s'est positionnée très clairement dans des combats sociaux, civiques et politiques. Avec le succès elle a pris le pouvoir sur les studios exigeant un droit de regard sur chaque seconde des films qu'elle tournait. Pourtant, dans Blonde, ces aspects ont disparu. Jamais nous ne voyons Marilyn recevoir les honneurs comme par exemple le Golden Globe en mars 1960.


Alors est-ce vraiment judicieux et féministe de montrer uniquement une femme instable (bipolaire) et victime? N’est-ce pas finalement tout aussi misogyne de continuer à la considérer objet et impuissante sous prétexte de dénonciation de l'emprise d'Hollywood et du patriarcat?

Bien entendu la version du suicide est celle proposée plutôt qu'une autre. Victime toujours...


En conclusion je ne saurais dire si ce film est un chef d’œuvre. Il ne laisse pas indifférent c’est certain et c’est l'effet que le réalisateur souhaitait probablement obtenir. Chacun se fera son propre avis, le mien est fait.


©Géraldyne Prévot Gigant