Pourquoi je me fais discrète en ce temps de Corona.


Depuis le début je me dis « mais pourquoi je rechigne à faire des vidéos ou des Live FB?» Je traine la patte, je prétexte que je suis fatiguée en fin de journée, que je n’ai pas d’inspiration.

Ceux qui me suivent savent que je suis à l’aise avec la caméra et côté inspiration je ne mets, en général, pas très longtemps à avoir des idées.

Parce que j’ai préféré prendre le recul. On sait que c’est la sagesse, le recul.

Alors que beaucoup s’agitent dans tous les sens, (une des réactions au stress est « l’action » qui donne l’illusion de maîtriser la situation.) j’ai préféré ralentir, observer, prendre le temps.

Je vois un peu partout fleurir des centaines de live FB, de vidéo et autres propositions pour nous sauver de la situation. Des supermans fleurissent, des fatalistes s’égosillent, des révoltés cherchent la bagarre.

Mais je préfère me faire discrète.

J’aurais trop peur qu’on pense que je profite du crime, que je surfe sur la vague de l’opportunisme.

Quand je vois s’afficher le nombre de mort en France et dans le monde, j’ai froid dans le dos. Je pense à tous ces êtres qui ne peuvent pas dire au revoir à ceux qu’ils aiment faire de rituels, faute de cérémonies. Les corps s’alignent comme au combat.

Alors moi ça me donne pas envie de faire ma star devant une caméra.


Depuis le début je me dis « mais pourquoi je n’arrive pas à écrire mon nouveau roman initiatique? Mes lecteurs l’attendent avec impatience. Ils aiment ce que je crée. Alors pourquoi? »

J’ai des idées ici et là. Je prend plein de note mais mon héroïne reste muette. Elle est là qui attend. Elle aussi est en confinement. Elle attend que la vie reprenne son court. Elle est en mode pause.

Je m’inquiétais jusqu’à ce je lise le magnifique texte d’un de mes maîtres réalisateurs Pablo Almodovar. Il a accepté d’écrire un journal du confinement pour le journal El Diario. Il commence ce texte très Almodovien par « Les neuf premiers jours j’ai refusé de prendre une seule note. (...) Je ne suis pas assez en forme pour commencer l’écriture d’une fiction.» 

C’est là que j’ai compris. Être cloîtrés ne nous protège pas du réel trop réel et la la fiction ne peut s’inviter.

Je suis enfermée mais pas protégée de la cruauté de la situation.

Trop lucide, trop informée, je ne peux malheureusement faire partie de ceux qui sont dans le déni et prennent la pandémie pour des vacances au frais de la princesse.

Pedro Almodova dit « nous vivons une fiction fantastique. (...) Mieux vaut considérer ce qui nous arrive comme une fiction fantastique, que comme l’extrait d’un récit réaliste.» Le réel, quand il devient trop réel nous plonge au cœur de l’histoire et de l’Histoire. Pas de place encore pour la fiction.

Ma futur héroïne devra encore attendre.


Alors je préfère me faire discrète afin de me nourrir d’art et de littérature et un jour quand tout cela sera fini, mon héroïne sera libérée et pourra vivre, elle aussi.


Depuis le début je me dis « pourquoi je fais pas comme tout le monde? Pourquoi je ne m’agite pas devant mon écran à suivre des cours de gym ou de pilate? »

Certainement parce que trop consciente de ce qui se joue j’ai envie d’effectuer une cassure avec les modèles bien connu de notre société. Certainement parce que cloîtrée entre mes 4 murs j’ai envie d’intériorité et c’est clairement ce à quoi la vie nous invite.

Pas ce repli sur soit très primaire dont on peut faire preuve face à la fin du monde. Mais une intériorité qui permet de se rencontrer....vraiment.


Alors je préfère me faire discrète et écouter le murmure de l’humanité, les battements de mon cœur à l’unisson de la nature, le frémissement d’un autre monde possible.

Bref j’ai arrêté de faire du bruit, de m’agiter dans tous les sens, de vouloir sauver l’humanité.

J’apporte mon aide chaque jour en toute discrétion et c’est déjà pas mal.

Je ne sauve pas des vies dans une salle de réanimation. Je ne tombe pas dans le piège de me prendre pour une héroïne sauveuse de l’humanité. J’ai tordu le coup à la tendance égotique qui consiste à se croire missionnée sur cette Terre.

Alors je préfère me faire discrète afin de tordre le coup à l’ego et de faire la part belle à mon âme.

Il faut parfois savoir être humble, discret et prendre du recul.

Ainsi on observe le monde et on écoute ce que la sagesse veut nous dire. On tend l’oreille afin de trouver note juste pour jouer harmonieusement la symphonie de l’humanité.

©Géraldyne Prévot Gigant -

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