top of page

Thérapeutes hypersensibles : accompagner sans se perdre

il y a 3 heures
8 min de lecture
Deux femmes discutent dans un salon lumineux et végétal; l’une prend des notes, vue sur le lac et les montagnes.

En tant que thérapeute hypersensible, ressentir intensément, percevoir les non-dits, être touché par ce que l’autre traverse : lorsque nous accompagnons, notre sensibilité participe à la qualité de la rencontre. Mais lorsque les consultations continuent de nous habiter longtemps après leur fin, lorsque nous donnons sans retrouver notre souffle, cette même sensibilité devient lourde à porter. Comment rester disponibles pour l’autre sans nous oublier ?

Cette question traverse mon expérience de praticienne, mes années d’accompagnement individuel et de travail de groupe, mais aussi ma vie de tous les jours. Je sais combien la formule « Faites de votre hypersensibilité une force » reste abstraite lorsque nous sommes fatigués, envahis ou profondément en décalage avec notre environnement.

Il ne suffit pas de nous dire que notre sensibilité est précieuse. Nous avons besoin d’apprendre à vivre avec elle, à en reconnaître les ressources et les besoins. Nous avons besoin de lui faire une véritable place.



Comprendre votre manière de ressentir en tant que thérapeute hypersensible

L’hypersensibilité est trop souvent réduite à l’hyperémotivité. Pourtant, dans les expériences que je recueille, il n’est pas seulement question de pleurer facilement. Il est question de pensées qui se multiplient, de détails qui retiennent l’attention, de bruits qui fatiguent, de lumières qui agressent, de non-dits qui occupent tout l’espace.

J’utilise volontiers cette image : ressentir à 200 %. Ce n’est pas une mesure, mais une façon de dire l’intensité du vécu. Une intensité émotionnelle, sensorielle, et cette activité intérieure qui nous fait refaire le film encore et encore pour comprendre ce qui s’est joué.


L’hyperesthésie désigne une sensibilité accrue aux stimulations sensorielles. Elle concerne, dans les récits qui me sont confiés, le son, le toucher, la lumière, les odeurs ou plusieurs de ces dimensions. Mais nous n’avons pas tous les mêmes sensibilités ni les mêmes seuils de fatigue.


Nos histoires, nos blessures et nos habitudes donnent à notre sensibilité une forme singulière. La première étape n’est donc pas de nous enfermer dans un portrait, mais de découvrir notre propre manière d’habiter le monde.



Trouver la télécommande de votre sensibilité

J’aime utiliser l’image de la télécommande. En tant que thérapeutes hypersensibles, nous n’avons pas besoin d’éteindre notre sensibilité, mais d’apprendre à régler notre disponibilité selon les situations. Une consultation, un repas de famille et une promenade en ville ne demandent pas la même ouverture.


Une autre image m’accompagne : celle du vaisseau spatial. Nous sommes aux commandes d’un appareil doté d’un grand tableau de bord multicolore, avec de nombreux capteurs. Lorsque nous ne connaissons pas ce tableau de bord, tout clignote et nous perdons la fluidité de la navigation.


Qu’est-ce qui m’apaise ? Qu’est-ce qui m’épuise ? Quelles situations me font perdre mon axe ? Dans quels liens est-ce que je cesse de m’écouter ?


Je vous invite à observer vos déclencheurs dans trois espaces : votre vie intime et amicale, votre vie familiale, votre vie professionnelle. Un déclencheur, c’est ce qui active fortement votre réaction intérieure : une parole, un silence, une demande insistante ou la peur de décevoir.


Il ne s’agit pas de dresser la liste de vos défauts. Il s’agit de comprendre ce qui vous éloigne de votre sage intérieur, cet endroit de vous qui sait retrouver de la présence et du recul.



Anticiper le débordement sans vivre en alerte

Deux difficultés apparemment opposées peuvent se présenter. Certains se sentent emportés par la vague avant d’avoir compris qu’elle arrivait ; d’autres anticipent tout et vivent déjà dans une vigilance épuisante. La réponse ne peut donc pas être identique pour chacun.


Lorsque vous comprenez après coup que vous avez dépassé vos limites, revenir sur une situation peut devenir utile. Non pour vous reprocher de ne pas avoir su, mais pour rechercher les premiers indices accessibles : une fatigue ignorée, un inconfort fugace, une envie de vous retirer que vous n’avez pas écoutée.


Refaire le film n’est alors plus seulement ruminer. C’est apprendre à reconnaître votre langage intérieur pour disposer de davantage de choix la fois suivante. Comprendre après coup n’est pas inutile : cela prépare la suite.


Mais si vous êtes déjà dans une surveillance constante, il ne s’agit pas d’ajouter encore des antennes. Votre chemin sera davantage celui du retour à vous, du désencombrement, de la possibilité de ne pas tout prévoir.

La finesse de perception ne doit pas devenir une obligation de tout anticiper. Nous cherchons un espace intérieur plus habitable, non un état parfait, définitivement acquis.



« Ce qui est bon pour le lien ne devrait pas exiger notre disparition. »


Sortir de la suradaptation

Lorsque nous avons grandi avec le sentiment d’être différents, nous avons pu apprendre très tôt à le dissimuler. Être plus discrets. Être plus gentils. Ne pas trop montrer ce qui étonne, ce qui dérange, ce qui nous distingue.

C’est ce que j’appelle la suradaptation : nous ajuster à l’autre au point de nous effacer. Elle nous a aidés à trouver une place, à éviter l’exclusion ou à préserver un lien. Mais le moule qui nous a protégés peut finir par nous étouffer.


Dans l’accompagnement, cette habitude prend des formes concrètes. Nous acceptons un rendez-vous supplémentaire alors que nous sommes épuisés. Nous prolongeons un échange parce que la personne souffre. Nous sentons notre limite, puis nous la négocions contre nous-mêmes.


L’enjeu n’est pas de devenir rigides ou indifférents. Il est de retrouver une adaptation qui nous permette de vivre avec les autres sans nous abandonner. Ce qui est bon pour le lien ne devrait pas exiger notre disparition.

Nous pouvons avoir besoin de notre grotte, loin des sollicitations, tout en désirant des liens profonds. Il ne s’agit pas de choisir entre solitude et relation, mais de rencontrer des personnes avec lesquelles notre différence ne demande pas une traduction permanente.



« L’empathie n’exige pas la fusion. »


Accueillir sans vous laisser envahir

La juste distance est l’un des grands apprentissages du praticien hypersensible. Ni trop loin, ni trop près. Assez proche pour rencontrer l’autre, assez distinct pour ne pas nous confondre avec lui.

J’insiste sur la distance juste pour vous, et pas seulement sur celle qui semble juste pour la personne accompagnée. Votre équilibre intérieur participe à la qualité de votre présence. Vous ne pouvez pas durablement soutenir un espace si vous vous perdez à l’intérieur de cet espace.


L’empathie n’exige pas la fusion. La compassion n’exige pas de porter la vie de l’autre. Une bienveillance sincère ne nous oblige pas à tout accueillir sans limite.

Nous pouvons également être touchés par ce que l’autre projette sur nous : les attentes, les craintes ou les représentations qu’il nous attribue à partir de son histoire. Le travail consiste à reconnaître ce qui se joue sans le prendre entièrement pour une vérité sur nous-mêmes.


Lorsque vous dites « Je suis une éponge », je vous propose donc une autre question : où est votre contour ? Savez-vous reconnaître ce qui vous appartient, ce qui appartient à l’autre et ce qui se réveille en vous au contact de son histoire ?

Nommer ces différences est déjà une manière de retrouver votre place. Il ne s’agit pas de fermer le cœur, mais de lui donner un espace dans lequel il puisse rester ouvert sans s’épuiser.



Revenir à vous après une consultation

Après un échange qui continue de vous habiter, prenez quelques instants pour nommer ce que vous ressentez. Reconnaissez ce qui est là, puis demandez-vous ce qui relève de votre propre histoire et ce que vous n’avez pas à porter pour l’autre.


Pour ce qui ne vous appartient pas, vous pouvez reprendre ces mots : « Ceci n’est pas à moi. Merci, mais ceci ne m’appartient pas. » Ce n’est pas un rejet de la personne. C’est une manière de cesser de porter son vécu comme s’il était le vôtre.


Si cela vous est confortable, posez une main sur le sternum et une main sur le ventre. Respirez tranquillement, sans forcer. À l’expiration, laissez ces mots accompagner votre retour à vous.

Prenez ensuite trois respirations avec cette intention : « Je reviens ici. Je reviens dans mon corps. » Appuyez-vous sur une image qui vous parle : votre axe, votre soleil intérieur, un fil vertical qui vous ramène au centre de vous-même.


J’aime aussi l’image de l’hélicoptère qui retrouve sa piste d’atterrissage. Après avoir été très attentifs à l’autre, nous revenons nous poser chez nous. Nous conservons la qualité du lien sans emporter toute la rencontre.

Dans mon langage spirituel, j’évoque un fil d’or entre les êtres : un lien qui n’a pas besoin de fusion pour exister. Ce rituel est un support de recentrage, non un substitut au travail personnel ou à la supervision lorsque quelque chose reste difficile à déposer.


Vous pouvez également tracer un cercle autour de vous sur le sable ou la terre, dans un lieu adapté. Ce geste donne une forme visible à votre espace personnel et rappelle que vous pouvez être en relation tout en restant un être distinct.



Votre rythme fait partie de votre accompagnement

Nous parlons beaucoup des outils et des techniques. Nous parlons moins du nombre de consultations que nous pouvons réellement soutenir, de notre sommeil, de notre vie familiale. Pourtant, c’est là que notre sensibilité rencontre l’organisation concrète de notre métier.


Pendant des années, j’ai cherché à recevoir autant de personnes que d’autres praticiens. Il m’a fallu du temps pour comprendre que je devais tenir compte de mon fonctionnement, plutôt que de calquer mon rythme sur celui de mes collègues.

J’ai ajusté mon planning, puis je l’ai réajusté. À la rentrée, en cours d’année, lorsque la fatigue revenait ou que ma vie personnelle demandait davantage de place. Recalibrer, recalibrer, recalibrer : ce n’est pas un échec, c’est une forme d’écoute.


Nos ressources changent avec les périodes de la vie. Nous n’avons pas toujours la même énergie, les mêmes responsabilités, les mêmes épreuves à traverser. Nous avons le droit d’en tenir compte.

De combien de sommeil avez-vous besoin ? Combien de consultations vous permettent de rester réellement présents ? Qu’est-ce qui doit trouver sa place autour du travail pour que vous ne viviez pas uniquement dans la récupération du travail ?


Cette réflexion concerne aussi vos honoraires et votre modèle d’activité. Les réalités économiques existent ; l’enjeu est de chercher une organisation viable qui ne repose pas sur l’effacement permanent de vos besoins.

Le format des consultations mérite lui aussi d’être interrogé. Dans mon expérience, l’écran peut offrir une délimitation qui soutient l’écoute : la voix, le regard, le souffle et les silences restent présents, tandis que certaines sollicitations diminuent. Je le décris comme un filtre, une image de mon vécu, non une règle valable pour tous.


La bonne question est de reconnaître dans quel cadre vous pouvez accompagner avec justesse. Votre qualité de présence mérite d’être préservée comme un trésor.



Vous ressourcer ne signifie pas vous priver de joie

Une hygiène de vie n’est pas une vie rétrécie. J’aime danser le tango argentin, et cette place de la danse est une véritable ressource. La musique, le mouvement et la rencontre me nourrissent.


La méditation assise n’est pas la seule porte vers un espace intérieur plus vaste. Dans ma pratique de la nage, les pensées défilent d’abord, les événements récents reviennent, puis quelque chose se dégage à mesure que je reviens au geste et au souffle.

Il ne s’agit pas de suivre toutes les pensées qui passent. Il s’agit de les voir passer, puis de revenir à ce que nous sommes en train de vivre. La danse me donne également accès à cette qualité de présence.


Marcher, nager, danser, méditer : cherchez ce qui vous permet véritablement de revenir à vous. L’important n’est pas de réussir une discipline, mais de retrouver cet espace intérieur dans lequel vous respirez mieux.



« Vous n’avez pas à tout porter pour être un bon accompagnant. »


Habiter pleinement sa sensibilité

Accompagner sans se perdre ne consiste pas à devenir insensibles à la fatigue, à la peine ou au doute. Cela consiste à reconnaître notre fonctionnement et à construire une vie qui lui laisse de la place.


Nous avons aussi besoin d’espaces où déposer notre expérience, rencontrer des pairs et ne pas rester seuls avec nos questions. Le lien nous rappelle que notre singularité n’est pas nécessairement un exil.


Vous n’avez pas à tout porter pour être un bon accompagnant. Vous n’avez pas à vous effacer pour être utiles. Votre sensibilité devient une ressource lorsqu’elle trouve un cadre, un ancrage et un rythme qui la respecte.


Nous pouvons alors accueillir sans nous laisser envahir, nous relier sans nous confondre, offrir sans nous abandonner.

Et rester présents à l’autre sans nous quitter nous-mêmes.


Géraldyne Prévot Gigant Tous droits réservés.


Les formations avec Géraldyne Prévot Gigant

Formation à la Méthode GPG, L'art de défricher pour laisser place au fleurissement de l'être

Une transmission pour celles et ceux qui accompagnent les hypersensibles spirituels défricher pour laisser place au Plus d'informations ici


Et bientôt la formation aux Constellations des âmes la méthode GPG pour l'animation de groupe sur format long.


Commentaires


bottom of page